Au cours de ce weekend à Dubaï où elle vit avec son mari Muhammad Turk, Dounia Batma a donné naissance à son premier enfant, une fille au nom de Ghazal, très romantique et poétique : s’il évoque la gazelle, il signifie la passion amoureuse en poésie. Prénom symbolique aussi pour le conte de fée de cette chanteuse marocaine qui a réalisé une ascension fulgurante vers le firmament des plus belles voix arabes actuelles, depuis sa participation en 2012 au télé-crochet Arab Idol, qui l’a révélée. Le jury, composé alors des chanteurs mégastars Ragheb Alama, Ahlam, Nancy Ajram et du célèbre producteur Hassan Al-Shafeï, avait d’emblée été fasciné par cette voix haute, radieuse et éclatante qui interprétait magistralement le registre d’Um Kalthum ainsi que la chanson khalijie (du Golfe). Tout pour séduire particulièrement la diva émiratie Ahlam, d’autant plus que rares sont les candidats, et même les chanteurs professionnels en début de carrière, qui abordent la chanson du Golfe lorsqu’ils n’en sont pas natifs. Dounia Batma, elle, a eu cette ingénieuse initiative, qui, avec ses qualités vocales et artistique, ont contribué à la propulser au rang des stars du monde arabe. Finaliste à Arab Idol, elle n’en fut néanmoins pas la gagnante, sa rivale l’Egyptienne Carmen Souleimane ayant attiré un nombre de votes du public légèrement plus élevé. Mais Dounia Batma avait dès lors également un grand public dans tout le monde arabe, en plus du soutien de Ahlam qui favorisa le lancement de sa carrière. Auprès du public marocain elle bénéficie d’un atout supplémentaire : elle est la nièce de feu Laarbi Batma précocement disparu, membre du groupe mythique marocain Nass Al-Ghiwane ; ce qui lui vaut un redoublement d’affection et de prestige dans son pays.

Un conte de fée

Une année après la compétition d’Arab Idol, en 2013, Dounia Batma épousa le milliardaire Bahreini Muhammad Turk, qui devint son producteur et manager. Le seul nuage dans ce conte doré est que ce dernier a déjà une première épouse mère de ses trois premiers enfants. Celle-ci devient l’ennemie jurée de Dounia Batma. Mais la très jeune chanteuse (elle s’est mariée à 21 ans et en a aujourd’hui 26) s’est montrée une seconde épouse très intelligente, en gérant admirablement les démêlés avec la première conjointe, en développant des relations affectives et sereines avec les enfants de son mari. Parallèlement, et soutenue par son mari, elle a brillamment mené sa carrière artistique, enchaînant les succès, les albums, les clips, tout en travaillant sur sa médiatisation, à travers des interviews sur la presse écrite, en tant qu’invitée d’émissions télévisées de toutes les chaînes arabes, et avec une grande présence sur les réseaux sociaux. Dans une de ces émissions télévisées, « Duo Mostahil » (duo impossible) sur la chaîne MBC, Dounia Batma a chanté « en duo » avec l’astre d’Orient Um Kalthum. Le programme, version arabe de l’émission britannique "Vernon Kay", rassemble des artistes actuels avec des artistes disparus pour des duos virtuels.

Décoration royale

En 2013 Dounia Batma est décorée par SM le roi Mohammed VI du wissam de "mérite national" de l’ordre de chevalier, à l’occasion du 50e anniversaire de la fête de la Jeunesse de cette même année, et en 2015 elle dédie la chanson "al maghrib maghribna" au Souverain, à l’occasion de sa consécration en tant que "personnalité 2015 de l’unité familiale et de soutien social par l’organisation arabe de la famille".

Dounia Batma fait partie de ces voix d’or marocaines qui enchantent l’Orient. Le Royaume produit des talents artistiques révélant des trésors vocaux qui prennent le chemin de l’Egypte, du Liban ou du Golfe, pour devenir des étoiles. Des étoiles venues du mirage andalou. Au siècle dernier, seuls quelques chanteurs magrébins téméraires se comptant sur les doigts d’une main avaient osé ce parcours, tant il était difficile, presqu’inconcevable, de se faire un nom, en venant de l’Occident musulman, dans les pays d’Oum Kelthoum, Abdelwahab, Abdel Halim, Asmahan, Fairuz, Sabah Fakhri, Wadie Al-Safi… Dans les années 60 qui appartenaient encore à l’époque du « Grand art » en Egypte, seule la sublime Algérienne Warda avait pu monter à ce firmament, et en cela elle est pionnière.

Lien artistique entre l’Orient et l’Occident arabomusulmans

Puis sont arrivées ces fameuses émissions libanaises télé-crochet, telles Star Academy Liban, X-factor Liban, Arab Idol, The Voice Liban…, qui ont ouvert les portes de la gloire, des miracles, des contes de fées, aux jeunes talents de tout le monde arabe, dont notre pays. Nous avons alors découvert parmi notre jeunesse nos propres trésors artistiques : Shadha Hassun (née et au Maroc de père irakien et de mère marocaine), Salma Rachid, Dounia Batma, qui ont des timbres merveilleux, si mélodieux. Ces artistes marocains, comme leurs prédécesseurs maghrébins qui ont fait carrière en Orient, entretiennent ce lien artistique entre les deux pôles du monde arabomusulman.